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À la recherche de la chaîne de production

Souvenez-vous du précepte dans l'introduction à ce guide : « Ne te contente pas d'enregistrer l'information, fais-la travailler ». En réalité nous nous créons nous-mêmes des barrières qui nous empêchent de traiter correctement l'information avec nos dispositifs numériques. La raison principale, c'est le manque de maîtrise des formats.

Les premiers formats qui nous poussent à rester coinçé·e dans un écosystème fermé, ce sont les formats imposés par Microsoft et sa suite bureautique (pour ne citer qu'elle). Nous connaissons toustes les problèmes de compatibilité que cela pose. Malgré les injonctions institutionnelles émanant de la Commission Européenne comme des institutions républicaines françaises, qui encouragent l'utilisation de logiciels libres et de formats ouverts au nom de l'interopérabilité, nous nous évertuons à essayer d'échanger des documents dans des formats de Microsoft et passons notre temps à les gérer laborieusement. C'est affligeant.

Mais à l'intérieur même des dispositifs personnels, beaucoup ont tendance à multiplier encore d'autres obstacles comme l'utilisation de formats non adaptés aux contenus. Par exemple cette liste bibliographique enregistrée dans un document au format .docx ou même .odt. Cette image dont le seul fichier connu est encapsulé dans un diaporama. Ces notes de cours éparses « tapées dans un traitement de texte » et que vous n'arrivez pas à retrouver parmi une centaine de fichiers.

PKM

Il y a un malentendu technologique : la page imprimée. C'est notre héritage scolaire : on nous apprend à utiliser l'outil informatique comme une machine à écrire sophistiquée. Dans ce paradigme, l'objectif est de produire un texte figé, destiné à être imprimé ou stocké dans un dossier isolé. Et si on le stocke, nous surestimons nos capacités intellectuelles à pouvoir le retrouver ou mémoriser ce qu'il contient. C'est une approche linéaire et rigide qui emprisonne l'information dans des silos, empêchant une exploitation correcte des données.

La gestion des connaissances personnelles, ou Personal Knowledge Management (PKM), est une activité consistant à collecter, organiser et connecter les informations que nous rencontrons et produisons au quotidien pour les transformer en un savoir exploitable. C'est activité bien ancienne, déjà ! il suffit de penser aux Wikis (comme Wikipédia) et leurs ancêtres. Mais ce n'est paradoxalement pas appris par les étudiants et peu de chercheurs s'en préoccupent au quotidien. L'idée n'est plus de créer des documents morts, mais de bâtir un « second cerveau ».

Méfiance

Ho ! rassurez-vous d'autres ont déjà pensé à ces questions pour un usage individuel ou collaboratif. À commencer par Microsoft et son logiciel OneNotes. D'autres promettent la lune et vous maintiennent bien enfermé·es dans un service privateur en ligne, comme Notion. Toujours est-il que ces entreprises ont bien compris l'enjeu.

Ce mode de gestion repose sur une organisation non hiérarchique. En utilisant des liens bidirectionnels, on crée un fonctionnement associatif pour transformer une simple collecte d'informations en un savoir exploitable.

Pour que ce soit vraiment utile, il faut transformer votre environnement numérique en un système avec lequel l'information travaille pour vous. Grâce à des logiciels spécialisés, les notes ne sont plus seulement du texte, mais deviennent des bases de données vivantes :

  • Polyvalence : un même environnement permet de gérer ses tâches, ses recherches académiques et ses réflexions quotidiennes, créer des relations, et in fine produire des documents destinés à être lus par d'autres.
  • Analyse : on peut mesurer l'incidence des références bibliographiques, croiser des définitions ou interroger ses propres fiches de révision.
  • Visualisation : des graphes de relations, des mots-clés, des liens permettent de voir émerger des connexions auparavant invisibles entre vos fichiers.

Nous parlerons de ces logiciels dans un chapitre ultérieur : Obsidian et Logseq se distinguent par leur capacité à cartographier la pensée, tandis que Zettlr se focalise sur la rigueur académique et les citations. Joplin, de son côté, privilégie la synchronisation sécurisée.

Le point commun de ces outils est l'utilisation du format Markdown, qui garantit la pérennité des données : vos notes restent des fichiers texte simples, lisibles par n'importe quel ordinateur, vous libérant ainsi de la dépendance à un éditeur de logiciel spécifique.

Du texte, rien que du texte

Par exemple, un logiciel de traitement de texte est avant tout destiné à la mise en page. Il ne devrait donc intervenir qu'en bout de chaîne, lorsque nous nous apprêtons à rendre une production intellectuelle, par exemple à un éditeur professionnel qui va à son tour exploiter le document. C'est exactement la même chose pour la gestion bibliographique, qui est une activité à part entière et pour laquelle beaucoup savent désormais qu'il faut des logiciels pour cela.

Lorsqu'on écrit du texte, pour quelle raison voudrait-on systématiquement l'encapsuler dans un fatras de données inutiles ? C'est pourtant ce que nous faisons lorsque nous écrivons du texte dans un traitement de texte et que nous l'enregistrons dans un format du genre .docx ou .odt, en plus de ne pas pouvoir en disposer autrement qu'en ouvrant le logiciel de traitement de texte (c'est moins vrai pour les formats ouverts qu'on peut justement travailler indépendamment).

Il faut donc travailler avec un format qui corresponde au plus petit dénominateur commun de tout ce qui ressemble à de la production écrite. Et ce format, c'est le texte, autrement nommé plain text. Le contenu de ce type de fichier est simplement une suite de caractères.

Avec un tel format universel, nous devons créer une chaîne de production  :

  • qui permet d'entrer des données facilement,
  • qui permet de conserver ces données (un fichier texte sera toujours lisible, indépendamment des logiciels),
  • qui permet d'exporter vers n'importe quel format de production.

Le scénario type pourrait prendre cette forme :

  • je veux prendre des notes de cours ou de lecture, écrire un article ou un livre,
  • je veux pouvoir classer mes écrits et faire des recherches dedans,
  • je veux pouvoir en tirer une production intellectuelle finale,
  • et je veux pouvoir échanger et exporter cette production vers un format de mise en page.

Nous allons voir qu'il existe des logiciels qui nous aident à faire tout cela. Tous les logiciels que nous verrons utilisent le langage de balisage léger nommé Markdown parce que sa grande simplicité permet de hiérarchiser l'information dans un format texte. Couplé à un logiciel dont la fonction consiste à éditer de tels fichiers (on les appelle des éditeurs Markdown) on peut non seulement se concentrer sur la production écrite, mais aussi bâtir une chaîne de production agile et efficace.